pointe noire, le dernier tailleur d'essentes

L'emploi des essentes pour la couverture des toits et des façades était largement répandu en Guadeloupe jusque dans les années 1940. Ces planchettes de bois sont encore fabriquées à Pointe-Noire, en "bois pays", mais, comme les scieurs de long, les tailleurs d’essentes se font rares et leur fonction limitée à quelques restaurations et démonstrations.



pointe noire, le dernier tailleur d'essentes
TEMOIGNAGE
Benjamin Kamoise, le dernier tailleur d’essentes
« La coupe des arbres se fait trois jours après le début du dernier quartier de lune et sur cinq jours ». La phase lunaire garantit les essentes de qualité et leur longévité. Benjamin Kamoise rajoute que la coupe ne se pratique pas d’avril à juillet, la période de la sève ! Il faut admettre ce bon sens terrien puisque certaines bâtisses ont des essentes depuis près de 150 ans !
Il taille les essentes depuis près de 40 ans, tout comme l’ont fait son père et son grand-père avant lui. « C’est un métier qui s’apprend avant tout par la pratique et la connaissance des essences de bois.» Il explique chaque étape de fabrication qui commence dans la forêt: « la découpe du billot est réalisée au centimètre près, puis vient la préparation de la fente avec le coutelas. Ensuite le billot est acheminé à l’atelier. » L’artisan est assis face au billot et utilise son coutelas et son maillet pour fendre ses fameuses planchettes. Les pieds dans les étriers, il bloque son chevalet et la pièce de bois. La fente est effectuée dans le sens de la hauteur, la rainure réalisée par le coup de maillet sur le coutelas laisse entrevoir la planchette qui est taillée et égalisée à l’aide de la plane*. Il se sert de cet outil comme d’un rabot pour affiner l’épaisseur et la largeur de chaque essente.
« On dit que je suis le dernier tailleur d’essentes à la main. Transmettre mon savoir-faire aux jeunes me tient à coeur. Je lance un appel aux apprentis et aux artisans du bois pour continuer à faire vivre ce métier… »
Un artisanat devenu art qui appartient désormais au patrimoine culturel guadeloupéen.

*Pane : un tranchoir muni de deux poignées qui aide à la taille ( de précision) en essente de la planchette de bois brut.
Benjamin Kamoise est tous les mercredis à la Maison du bois. Contact : 0590981112 ou au 0690691888


Essente : quarante cinq cm de long sur trois cm d’épaisseur et de quinze à dix cm dans leur partie la plus large, de dix à cinq cm dans la plus étroite. 83 essentes sont nécessaires pour couvrir un mètre carré. Le mot vient du latin axis désignant une planchette de bois utilisée en reliure. « Aissantes » est le terme écrit dans un acte notarié de 1840 pour désigner ces planchettes de bois utilisées dans la construction de l’habitat créole.


Jeudi 6 Mars 2008