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Jeudi 28 Août 2008
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Urania vole, un nouvel envahisseur en Guadeloupe ?Ces derniers mois, des centaines de papillons semblant sortis de nulle part ont survolé les champs de cannes, les jardins et les routes de Baie-Mahault au Lamentin, s'invitant même le soir dans les maisons éclairées. De grands papillons noirs zébrés de dessins vert métallique, prolongés vers l'arrière comme par deux plumes blanches…Quand l'urania volète
Ce phénomène est nouveau pour ces communes (cf. France-Antilles-08/07) et des appels inquiets affluent à l'INRA qui les transmet aux entomologistes chargés des collections d'insectes. Les réponses rassurantes ne tardent pas et sont les mêmes que celles données aux habitants de Capesterre en 2006 et à ceux de Petit-Bourg et Goyave qui ont observé le même phénomène quelques années avant.
D'où viennent-ils ? Ce papillon porte le nom d'Urania leilus, il est largement répandu dans les zones de forêts tropicales humides depuis le Mexique jusqu'au Brésil (en Guyane où il est commun, il est surnommé "le Chinois vert"). Dans toutes les Petites Antilles, quelques individus ont été vus isolément de façon sporadique, sans doute apportés du Vénézuela par des vents du Sud, sans jamais s'implanter nulle part, à une exception près : la Guadeloupe. Où s'arrêteront-ils ? Ils n'iront guère plus loin puisque la plante nourricière de leurs chenilles (Omphalea diandra, la "liane papaye" dont les gros fruits en grappe rappellent effectivement des papayes, mais gardez-vous de les croquer, toute la plante est toxique) ne semble pas répandue ailleurs que la répartition actuelle du papillon. Quels sont les risques ?
Que risquons-nous ? Les cultures n'ont aucun souci à se faire, au contraire, l'activité de butinage des adultes favorise la pollinisation. Les espaces naturels ne sont pas menacés, il se peut même que l'abondance du papillon freine l'extension de la liane nourricière qui, elle, pourrait peut-être devenir envahissante.
Et notre santé ? Aucun cas d'allergie ni par les chenilles ni par les adultes n'a été signalé pas plus que l'empoisonnement de prédateurs éventuels (oiseaux, mammifères). Admirons sans retenue cette beauté de la nature. papillon urania en guadeloupe
Le genre Urania est strictement américain dans la petite famille des Uraniides ayant des représentants dans toutes les régions tropicales du monde. Cette famille appartient au groupe des "papillons de nuit" (Hétérocères) mais le genre Urania a cependant une activité diurne et présente des couleurs vives à reflets métalliques qui ne sont pas dues à des pigments mais à des interférences lumineuses comme sur les disques laser. Mâles et femelles sont difficiles à distinguer, la vraie différence, en dehors des organes génitaux, est cachée sous les écailles noires des côtés de l'abdomen.
Il a été découvert ici dans les années 90 par le romancier-entomologiste Fortuné Chalumeau dans la vallée de Valombreuse à Petit-Bourg. Pendant 10 ans, il est resté cantonné dans cette vallée. Le 21ème siècle a coïncidé avec son extension et sa pullulation vers le sud d'abord puis vers le nord de toute la côte-au-vent de la Basse Terre. un développement rapide
De quoi vivent-ils ?
Les adultes vivent d'amour et d'eau, fraîche ou pas, mais sucrée. Le jour, ils butinent le nectar des fleurs, avec un goût, en juillet août, pour les pois doux. C'est au crépuscule et en début de nuit que des vols nuptiaux frénétiques se succèdent. Dès le lendemain d'un accouplement, une femelle peut commencer à pondre et coller ses œufs de façon géométrique par paquets de 20 à 100, avec un total d'environ 300 pour chaque femelle ! Les chenilles, elles, ne pensent qu'à manger : en Amérique continentale, les plantes nourricières connues sont toujours des lianes du genre Omphalea (famille des Euphorbiacées). Or, il existe ici une seule espèce de ce genre, Omphalea diandra, la "liane papaye". Observées en captivité, les chenilles dévorent cette plante mais refusent toutes les autres plantes apparentées, se laissant plutôt mourir de faim. La liane papaye semble être l'unique plante nourricière possible en Guadeloupe. Entre la chenille et l'adulte se place le stade de chrysalide, enfermée dans un cocon léger où tout se métamorphose. Le développement est très rapide, un mois et demi entre deux générations mais les pullulations ne se produisent qu'entre mai et août et nous observons des papillons toute l'année en moins grand nombre. Par Gérard Chovet, entomologiste, consultant à l'INRA et au Parc National de Guadeloupe (extrait d'article) Samedi 03 Novembre 2007
gérard chovet
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